11 avril 2009,
Je suis assis dans l'herbe, quelque part dans un parc situé lui même quelque part sur Terre.
Ce soir est une soirée spéciale, je vis actuellement mes premières heures sans être complètement défoncé depuis 28 mois 35 jours et quelques heures... N'allez pas croire que j'ai choisi de ne pas être shooté ce soir... Non, la vérité est simple. Je n'ai plus rien. Plus rien à boire, Plus rien à manger, plus rien à me mettre, plus rien pour me défoncer... Plus rien!
Vous ne comprenez probablement pas ce qu'impliquent ces deux mots...
Et j'espère que vous ne les vivrez jamais...
Vous connaissez"le désespoir est assis sur un banc*" de Jacques Prévert? j'aimerais me permettre ,et sans vouloir le plagier, lui reprendre son titre.
Car ce soir,le désespoir est assis sur l'herbe humide, les yeux rougis par les larmes, le regard hagard, des habits crasseux et déchirés, le teint livide, tremblant, puant suant, rampant...
Le désespoir ce soir effraie les passants avec son allure fantomatique.
J'adresse d'ailleurs un message personnel à tous ceux qui sortent.
S'il vous plaît.
Si vous me croisez.
Sauvez moi...
Vous savez, la vie ici est un mélange de noir et blanc sur fond gris. Tout est devenu insupportable... Mon corps est putréfié et pourtant je vis..
Et il est terrible,
il est terrible* le bruit de ce c½ur qui bat, chaque pulsation est un coup de marteaux.
Le rire des gamins est devenu une lame qu'on enfonce dans une plaie. L'espoir et les sourires ont fait place à l'amertume, le THC, le LSD, les cachets ont été remplacé par un brouillard épais. Le monde, les gens; n'existent plus, pas plus que je n'existe.
A tous les êtres humains qui me voient dans la rue, ne baissez pas les yeux, ne détournez pas le regard, ne faites pas semblant de contempler le ciel et les étoiles quand un de vos semblables dépérit devant vous. Osez accepter que le monde ne tourne probablement pas aussi bien que vous le pensez. Vous ne vous rendez probablement pas compte, mais vous auriez pu être à ma place, la loque qui appelle au secours aurait pu être vous, votre frère, votre fils...
Et si c'était le cas, qu'auriez-vous fait?
Si je vous écris ces quelques lignes, c'est pour que vous ouvriez les yeux. Je ne vous demande pas de pleurer sur mon sort, pas plus que je ne vous demande de m'offrir une nouvelle vie, ni de me donner de l'argent à chaque fois que je tends la main. Ce que je vous demande est simple. Pour tous les hommes qui vivent sur terre, essayez de construire un monde meilleur. Une société où chaque être humain aurait sa place. Arrêtez de croire que ça relève de l'utopie.
Que vous le vouliez ou non vous vivez dans ce monde, parmi des être humains. Et vos actions aussi infimes soient elles peuvent changer beaucoup de choses.
Si vous ne le faites pas pour moi, faites le pour vos enfants. Arrêtez de vous croire à l'abri de tout car avant d'être «un déchet» j'étais un Homme...
A vous ami lecteur, quand demain vous lirez mon décès dans la rubrique fait divers, entre deux pubs. J'espère juste, que vous saurez que c'est un être humain qui est mort....
*Grasse matinée J. Prévert (Paroles)



